Tous ceux qui ont peur de manquer le dernier train à la mode qui passe se sont précipités sur le slam pour décréter qu'il s'agissait d'un art nouveau. Diable! Il suffit de tenter d'écouter quelques vers de ce galimatias insupportable pour se faire une idée: phrases interminables et décousues, rimes pauvres, nombre de pieds approximatif, absence de négation (je vais pas...), , élisions multiples (j'vais pas), morosité ambiante qui vous conduirait tout droit à la déprime...Les snobs de deux ou trois arrondissements parisiens, ou les affairistes des maisons de production qui ont vu là un marché pouvant devenir juteux, tentent de nous faire croire qu'il s'agit de la poésie des temps modernes. Tu parles! Le slam est à la poésie ce que la notice d'un médicament est à un poème de Baudelaire. Quelques extraits, et pas des pires:
"On pose des textes énervés , ou de geon-pi sentimental
On aborde un peu tous les thèmes avec ou sans instrumental (N.B: ce doit vouloir dire sans instrument, mais il faut faire rimer!)
Mentalement prêt à proposer partout un intermède vocal
Une interruption sonore, un homicide amical"
Que ceux qui parviennent à s'intéresser à cette bouillie sonore lèvent le doigt, ils ont gagné un disque de Grand Corps Malade à qui on doit ces quatre vers immortels. Mais il n'est hélas pas le seul à sévir. Un certain Jaco (comme le perroquet mais sans le "T") fait aussi bonne figure (mais pas de rhétorique). (Les fautes d'orthographe sont d'origine)
"Quand j'étais môme j'voulais pas être policier ou pompier
Quand j'étais môme j'voulais être cordonnier
J'voulais que les gens marchent avec des pas coordonnés
Que leurs auraient ordonné mes chaussures aux lacets colorés..."
Passionnante la vie de ce jeune homme. Et encore, ce graffiti précisément intitulé "Poésie":
"Certaines nous font rirent
D'autre pleurer
Certaines nous parlent de souvenirs
Ou du solstice d'été
Il y en a de brillantes
Laissant se pavaner le géni
D'autres plus ennuyantes (N.B. en effet!)
Que jamais personne ne fini..."
Des poésies qui se laissent pavaner le géni(e), on n'en trouve pas souvent dans ce milieu.
Parler d'escroquerie à propos du slam, ce n'est pas viser les quelques pauvres demeurés qui se prennent pour des poètes parce qu'ils alignent les mots les uns derrière les autres en faisant rimer sentimental avec cheval (ceux-là existaient bien avant le slam). Mais c'est s'en prendre aux producteurs de disques, aux programmateurs des radios sensibles aux cadeaux d'entreprises, aux matraqueurs en tous genres qui se croient "djeunes" parce qu'ils font semblant de se délecter de cette soupe qui n'est qu'un brouet infâme.
A tous ceux-là, pour qu'ils découvrent enfin ce qu'est la poésie, et à nous-mêmes pour nous laver l'intérieur de la tête après avoir subi ce qui précède, dédions ces quelques vers qui pourraient bien refléter notre époque:
"C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien"
C'est d'Aragon, mais il est moins souvent cité dans les radios que les sinistres fumistes du slam.
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