PACA?...CACA!
Une association provençaliste fait resurgir la question de l'appellation de notre région. Elle a raison. Le nom interminable qui lui a été donné pousse à l'usage de ce sigle hideux, déshumanisé, bêtement technocratique, de PACA. Mais d'abord , pourquoi un nom aussi long? L'adjonction de la mention "Côte d'Azur" est à la fois une hérésie et une manoeuvre commerciale. Hérésie: à quoi rime-t-il d'ajouter à l'ensemble le nom d'une partie? Que dirait-on, par exemple, de Rhône-Alpes-Beaujolais? Ce serait idiot. Manoeuvre commerciale: c'est sous la pression du lobby des hôteliers niçois, voulant exploiter à leur seul profit l'appellation "Côte d'Azur", que cet appendice superfétatoire a été ajouté. Là aussi, c'est parfaitement idiot. Selon les géographes, et le Larousse, la Côte d'Azur commence dans les Bouches-du-Rhône, à Cassis. De sorte que de Cassis à Saint-Raphaël, il y a bien "plus de Côte d'Azur" que dans les Alpes-Maritimes.
Il est dommage que certains organismes bénéficiant de la notoriété se laissent aller à cette dérive. Ainsi de France 3 Méditerranée. Lorsque le journal régional intègre les informations des Alpes-Maritimes, c'est le "journal de Provence-Alpes-Côte d'Azur". "Mais cela devient le "journal Provence-Alpes" si la station de Nice n'est pas concernée.
Il y aurait pourtant un moyen simple de rendre l'usage du sigle sans intérêt. Ce serait d'utiliser l'appellation moins longue et correspondant strictement à la réalité: Provence-Alpes. Même les hôteliers niçois ne peuvent nier que les Alpes commencent dès la Promenade des Anglais (et même avant, dans la mer). Ainsi tout le monde y trouverait son compte. Il serait bon aussi que les organismes officiels banissent de leurs documents l'appellation PACA. Mais après tant d'années de mauvaises habitudes, comment en sortir?
LES DERIVES DE L'EDITION
L'édition a ceci de commun avec la restauration, c'est que n'importe qui peut se lancer dans le métier sans en avoir la compétence. (Les restaurateurs voudront bien me pardonner, j'en connais d'excellents).
Au salon du livre 2007 de Toulon, une dame aux gestes brusques vient m'interpeller: "Monsieur, j'achète votre livre si vous achetez le mien". Comme je suis poli avec les dames, j'accepte ce curieux marché. Et j'ai donc acquis "Vent d'Est, vent de pluie", dont un reste de charité, dernier vestige de mon éducation judéo-chrétienne, m'amène à taire le nom de l'auteure. Par contre , je ne dirai jamais trop que cette chose invraisemblable est publiée par "les Presses du Midi", dont le souci de qualité ne semble pas être la préoccupation majeure. Car, à part cette enseigne, je ne vois pas qui aurait osé mettre sur le marché un objet aussi grotesque.
Le galimatias débute dès la première page, mais la deuxième atteint l'excellence: "Le climat devient malsain, suspicieux, l'amalgame se couvre de pustules, d'abcès, de fissures. Une odeur nauséabonde se dégage, certains abcès crèvent, le pus jaillit, l'odeur est de plus en plus pestilentielle et irrespirable". Déjà, on a envie d'appeler au secours, tout en se demandant comment un climat peut être "suspicieux".
Outre le style survolté, qui fait se déverser des tombereaux de points d'exclamation, on se trouve face à des idées fixes. Comme il pleut, à la page 7, "quelques pauvres chiens qui s'aventurent sur la plage n'osent lever la patte de peur d'en rajouter". Le temps ne s'améliore pas car, page suivante "les quelques pauvres chiens qui levaient la patte n'osaient le faire de peur de rajouter de l'humidité". Mais c'est vraiment un temps de chien car, page 15, "quelques pauvres chiens erraient sur le sable, mais ne s'attardaient pas, n'osant lever la patte de peur d'en rajouter".
Tout cela est compréhensible puisqu'en page 14, "l'atmosphère était collante, étouffante", alors qu'en page 15, "l'atmosphère était collante et étouffante".
Mais ces babioles ne doivent pas nous empêcher d'apprécier le style. On remarque, à propos de la mairie, que "lorsqu'il faisait beau, elle était déjà plutôt laide du point de vue construction". Et la construction de la phrase, ma bonne dame? Mais c'est la grande classe pour la description des activités des secrétaires "juchées tour à tour sur la grosse photocopieuse, elles s'amusaient à se photographier la moule". Tel que! Et pour rester dans le genre pipi-caca-boudin, les édiles avaient "quelques casseroles qui leur traînaient au cul, commençaient à remonter à la surface et éclataient en grosses bulles nauséabondes". Des casseroles éclatant en bulles, on demande à voir.
Comme on se trouve devant une pépite exceptionnelle, il y a sûrement mille autres perles à récolter. On m'excusera de ne pas avoir pu dépasser la page 20.
Ce qui est navrant, c'est qu'il se trouve à Toulon un quidam qui se prend pour un éditeur et qui est capable de vendre 17€ une telle merde. Plus grave, lors de fêtes du Livre ici et là, les "Presses du Midi" occupent un stand tout comme les éditeurs dignes de ce nom.
Un dernier gag pour la route: lors de la Fête du Livre l'auteure claironnait à tous vents que cette chose-là allait faire l'objet d'une adaptation au cinéma...
JEUX OLYMPIQUES: TROP D'AUDACE TUE L'AUDACE (ET LA SUITE...)
Ainsi, pour protester contre les atteintes aux droits de l'homme en Chine, les sportifs français voulaient arborer un badge portant, en plus des classiques anneaux, la mention "pour un monde meilleur". Quelle audace! Quel courage! Les responsables chinois commençaient à trembler. Ils envisageaient d'exiger de leurs télévisions de raconter que ce badge avait pour but de manifester "l'amitié des sportifs pour l'immense peuple chinois" selon les bonnes vieilles ficelles du stalinisme, et hop! Passez muscade. Ils n'auront pas à se donner ce mal puisque le comité olympique français s'oppose à ce badge révolutionnaire. Motif: ces choses-là ne se font pas. D'autres écrits continueront à être tolérés: les publicités qui vont fleurir partout. Nike, Adidas, Coca-Cola, c'est bien. La défense des droits de l'homme, c'est tabou. Il est vrai que ça rapporte si peu...
PARLEZ-VOUS LE TELESABIR?
Les journalistes de télévision donnent naissance à une nouvelle forme de langage qui ferait hurler ce bon M. Grévisse s'il n'avait pas eu la chance de mourir assez tôt. Quelques échantillons:
"Et tout de suite, la météo".
Quand le présentateur du journal vous l'annonce, vous savez qu'il vous faudra supporter entre cinq et vingt minutes de messages publicitaires pour connaître enfin la météo. Bref, grâce à la télévision, l'expression tout de suite a le même sens que dans un moment. Comment s'y retrouver?
"Voici les titres que nous allons développer"
Expression en vogue sur France 3, un peu moins peut-être sur France 2. (Pour TF1, je ne sais pas, je ne l'écoute jamais, c'est pour moi une chaîne qui n'existe pas).
Un seul téléspectateur a-t-il essayé de développer un titre? Peut-être ne sait-il pas comment procéder. Voici donc le mode d'emploi. Vous prenez un titre,vous le posez à plat devant vous. Avec votre main droite, vous saisissez son extrémité droite. Avec votre main gauche vous saisissez l'autre extrémité. Puis vous tirez en écartant les bras. Votre titre va donc s'allonger, il sera développé. Notez que vous pouvez faire la même chose en hauteur. Les plus vicieux cumulent les deux formules. Bien entendu, cela suppose que votre titre soit réalisé dans une matière élastique. On objectera que, compte tenu des contraintes de temps, les télévisuels cherchent à dire le maximum de choses avec le minimum de mots. Toutefois, il ne serait pas bien plus long de nous dire : "voici les titres des sujets que nous allons développer".
"La mort de Machin"
Nous y avons droit chaque fois qu'il meurt une célébrité (réelle ou fabriquée). C'est toujours la même phrase sans verbe. La mort de Machin. Point. C'est peut-être plus feutré. "La mort de Machin", voilà qui paraît moins brutal que "Machin est mort". Un psy pourrait peut-être nous l'expliquer, à défaut tentons quelques suppositions. La mort fait peur à tout le monde. Donc, commençons à l'annoncer de la façon la plus discrète possible, en supprimant les mots dont on peut se passer. Ou bien, le journaliste pense-t-il nous transmettre le message suivant: je suis effondré, je rassemble mes forces pour vous annoncer dans un dernier souffle que Machin est mort. Ou encore, on tente d'installer une connivence entre l'émetteur et le récepteur: vous et moi nous connaissions bien Machin, eh bien, il est mort. Dans la même optique, une variante enrichie par le fait que Machin était âgé ou malade: vous vous y attendiez, moi aussi, vous pensiez comme moi qu'il n'en avait plus pour longtemps, je ne vous apprends rien.
S'il ne nous apprend rien, ce journaliste, on va finir par lui demander pourquoi il fait ce métier.